<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992</id><updated>2011-10-10T10:37:21.359+02:00</updated><title type='text'>Choisir d'etre gay ?</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>10</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-2706630773141965552</id><published>2007-05-21T22:45:00.000+02:00</published><updated>2007-05-21T22:46:49.386+02:00</updated><title type='text'>10. POINT FINAL</title><content type='html'>Après un an, je vais arrêter d’écrire sur ce blog. Plusieurs amis, tout particulièrement un dont les sages conseils comptent beaucoup pour moi, m’ont incité à le faire. Je voudrais dire pourquoi, en expliquant comment ce blog a été rédigé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Membre du groupe Aelred depuis de longues années, j’ai été impliqué de près au lancement avec quelques autres amis du site des « Amitiés fraternelles Aelred » (http://frat.aelred.neuf.fr). Les premières réactions ont manifesté que ceux qui le consultaient le trouvaient intéressant sur le fond, mais trop théorique et trop abstrait dans la forme. Malgré les quelques témoignages que propose le site, celui-ci ne « parlait » pas assez à un certain nombre des personnes intéressées. Je me suis donc dit que je pourrais faire servir mon don d’écriture pour suggérer le vécu de quelqu’un qui passe de l’homosexualité, ou du moins de la tentation homosexuelle, à l’amour d’amitié. Nous avons, en effet, acquis la conviction que, dans l’inclination affective qui peut conduire à l’homosexualité, la carence d’intimité identificatrice avec le parent du même sexe peut être compensée par des relations d’amour d’amitié de type fraternel, paternel ou filial. Il fallait faire sentir de l’intérieur à des hommes concernés ce qu’elles pouvaient représenter au plan même de leur affectivité comme alternative concrète par rapport au choix gay.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il s’agissait d’évoquer une palette très large de situations possibles, je n’ai pas pu me contenter de puiser dans ma seule expérience, trop limitée. Utilisant un procédé fréquent dans le roman et bien connu de moi, j’ai mêlé des éléments de ma vie et de celle des autres, en particulier d’autres membres du groupe Aelred. Or, c’est ici qu’a surgi le problème. Le résultat a été littérairement si vraisemblable, que certains lecteurs du blog croient que tout ce qui y est raconté appartient exclusivement à une seule et même personne. Le blog rendait certes plus éloquent le chemin de vie proposé par le site Aelred ; mais, par la part de fiction littéraire qu’il comportait, il risquait de pouvoir entretenir une équivoque d’inauthenticité et d’insincérité, si son procédé romanesque n’était pas dévoilé. Voilà qui est fait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi donc arrêter ce blog ? Tout d’abord parce que son auteur, ayant fini de pouvoir puiser dans ses souvenirs personnels, a moins d’inspiration quand il s’agit de bâtir un récit uniquement à partir des témoignages d’autres personnes. Plus profondément, parce que ce récit m’a été inspiré par le cheminement que nous essayons de faire avec d’autres amis à la suite d’Aelred de Rievaulx. Il reflète donc l’empathie affective qui est commune à tous les membres de notre groupe, d’autant plus que chacun de ses chapitres a été échangé pour consultation entre certains d’entre nous avant d’être publié. Sur la base d’une même sensibilité, on risque d’attribuer à tel ou tel tout ce qui y est raconté. Cette possible équivoque ne devait pas être entretenue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, j’ai essayé ici de faire toucher du doigt à des hommes venant de la pratique homosexuelle, et même de la vie gay, ce que peut être le passage à l’amour d’amitié. Chacune des histoires que j’ai racontées ici décrit concrètement le vécu de celui ou de ceux qui se trouvent à l’une ou l’autre étape de ce cheminement. Or ce vécu peut apparaître comme ce qu’il n’est pas : un idéal exemplaire. Cela risque d’entraîner deux dangers contraires mais symétriques. Soit une confusion entre ce qui n’est qu’une étape dans le cheminement existentiel de quelqu’un qui vient de loin, d’une part, et, d’autre part, une norme de perfection vertueuse. Soit, à l’opposé, un découragement chez ceux qui n’arrivent pas à vivre ainsi l’amour d’amitié, alors qu’ils ont à le découvrir par leur chemin à eux. Il est donc apparu que ce qui était destiné à être une illustration suggestive risque d’être pris pour un modèle à imiter. Il fallait donc s’expliquer et ne pas poursuivre cet agencement romanesque de témoignages réels, une fois le procédé littéraire mis à jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela dit, si on en juge par de nombreux témoignages, ce blog tel qu’il est aide malgré tout de nombreux hommes qui hésitent devant le choix d’une vie gay ou qui essayent de sortir de celle-ci. C’est pourquoi je le laisse en l’état, sans pour autant le poursuivre, souhaitant qu’il puisse continuer à être un signe d’espoir pour ceux qui tomberont sur lui en surfant sur Internet au milieu des sites gays. Un signe qui les renvoie vers le site d’Aelred (http://frat.aelred.neuf.fr), où ils trouveront des amis pour les accueillir et les épauler fraternellement.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-2706630773141965552?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/2706630773141965552/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=2706630773141965552' title='56 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/2706630773141965552'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/2706630773141965552'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2007/05/10-point-final.html' title='10. POINT FINAL'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>56</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-117524056429383462</id><published>2007-03-30T10:42:00.000+02:00</published><updated>2007-03-30T12:29:30.546+02:00</updated><title type='text'>9. Le fils perdu et retrouvé</title><content type='html'>Je l’ai retrouvé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nathanaël avait croisé ma vie il y a une quinzaine d’années, quand il n’était encore qu’un tout jeune homme. Il ne m’avait rien dit de son drame familial, ni de la blessure inguérissable qu’il lui avait laissée. Pourtant, je percevais avec une douloureuse acuité que sa carapace protectrice, ce personnage d’étudiant sérieux et bien sous tous rapports, cachait un cœur d’une extrême vulnérabilité. Je lui dis un jour de ne pas faire comme les insectes dont le squelette, tout extérieur, enveloppe une chair sans consistance. Cette coque a beau être dure, quand elle cède, l’intérieur de l’insecte se répand à l’état liquide. Je l’invitais à être un humain, quelqu’un à la peau sensible et vulnérable, mais à la chair charpentée par le squelette de l’intérieur. Dans nos échanges d’alors, j’essayais à maintes reprises de lui tendre une perche pour qu’il m’ouvre son cœur dans la confiance. En vain. J’avais l’impression qu’il était incapable de regarder en face l’enfant blessé qu’il portait en lui et qui pourtant me regardait tristement du fond de ses yeux, à son insu. Sa belle virilité, au demeurant naturelle et juste, lui permettait de se masquer à lui-même, sous le voile de la pudeur, son malheur d’enfant et la détresse affective qui en découlait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sentais bien que Nathanaël voulait oublier ce passé présent en lui, le fuir dans une vie « normale », sans même se demander si son malheur ne le rattraperait pas sous une autre forme. En même temps, sous ses attitudes trop volontaires pour être spontanées, tout trahissait en lui un cœur désemparé. Je sentais donc peser sur nos longs échanges le silence lourd de ce qui ne pouvait être dit, ni même reconnu. Le cœur serré, je le vis partir un jour sur un chemin où, je le savais il ne tarderait pas à retrouver pour son malheur cette fragilité qu’il voulait fuir. En effet, nul ne peut sauter par-dessus son ombre et on ne se quitte pas comme on quitte une ville. Devoir le laisser aller au casse-pipe, sans pouvoir lui dire un mot, fut le plus dur. De loin, j’appris plus tard la blessure de la vie, puis celle du corps qui en résulta. Je me représentais ses souffrances et ma propre impuissance à lui venir en aide augmentait ma douleur. Je mesurai alors combien je l’aimais. J’acceptai aussi de devoir attendre en silence, comme le père de l’enfant prodigue, son improbable retour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De longues années passèrent. Un jour j’ai reconnu au téléphone sa voix grave et mon cœur a fait un bond. Il m’appelait parce qu’il venait d’aimer passionnément quelqu’un et que cet amour impossible l’avait ravagé. Il savait que je pourrais le comprendre et l’aider. Il se croyait perdu, parce que sa carapace avait été percée. Moi, je savais au contraire qu’il commençait à être sauvé du personnage d’homme invulnérable qui l’emprisonnait depuis tant d’années. J’ai pu commencer à lui dire tout ce que je gardais dans mon cœur pour lui depuis une quinzaine d’années. Non seulement il reçoit, mais il comprend. Non sans que cela déstabilise parfois dans sa pudeur masculine le garçon timide qu’il est. Je le sens, dans l’intimité de nos longues conversations téléphoniques du soir, à ces moments où sa voix s’enroue soudain d’émotion et me signale que j’ai touché le cœur par delà sa cuirasse protectrice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A travers un film superbe, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le temps d’un week-end &lt;/span&gt; d’Al Pacino, je lui ai proposé de l’« adopter » dans une relation affective dans laquelle on se choisirait réciproquement comme fils et père. Il a accepté, mais je sens qu’il a parfois peur du bonheur que cette intimité de cœur, à la douceur inconnue de lui jusqu’ici, nous apporte à l’un comme à l’autre. Il me dit redouter les souffrances qu’il pourrait me causer à l’avenir, alors que j’ai consenti d’avance à cette rançon. Le voir acquiescer chaque fois plus au bonheur d’être aimé et d’aimer en retour est ma joie de père. J’ai retrouvé le fils de ma jeunesse, celui que j’aurais pu concevoir au tout début de ma vie adulte. J’avais su que c’était lui et, avant que je puisse le lui dire, il est parti pour la région lointaine de la dénégation. Maintenant je l’ai retrouvé. Je ne crois pas qu’il y ait un bonheur plus grand. Ah, si les gays pouvaient comprendre qu’ils trouveraient, dans l’adoption d’un jeune adulte, un épanouissement de leur légitime désir de paternité bien plus réel que dans une hasardeuse « homoparentalité » ! C’est au moment où il doit devenir un homme qu’un garçon a le plus besoin de son père. Si sa propre paternité d’origine a été boiteuse, n’a-t-il pas le droit de choisir un père adoptif qui le reconnaisse et en qui il se reconnaisse ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-117524056429383462?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/117524056429383462/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=117524056429383462' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/117524056429383462'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/117524056429383462'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2007/03/9-le-fils-perdu-et-retrouv.html' title='9. Le fils perdu et retrouvé'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-116898159037895785</id><published>2007-01-16T22:05:00.000+01:00</published><updated>2007-01-16T22:11:41.990+01:00</updated><title type='text'>8. Aimer en position de père</title><content type='html'>Ces derniers temps j’ai eu à raisonner et à réconforter Antoine, qui était désolé par ce qu’il a ressenti comme une dérobade et un retrait de confiance de la part de son jeune ami Renaud. Il me disait à peu près ceci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Tu sais, et Renaud sait, que je ne désire pas &lt;span style="font-style:italic;"&gt;to have sex with him&lt;/span&gt;, comme disent les Américains. Néanmoins, il arrive que nous partagions ensemble des moments d’intimité aussi au niveau du corps. Nous savons que nos caresses nous apportent la tendresse d’une manière qui, non seulement n’excite pas la pulsion sexuelle, mais au contraire l’apaise en rassurant le cœur. Le désir monte, s’offre à l’autre en un signe corporel d’affection, puis trouve son apaisement par le seul fait que la tendresse de l’ami vous accueille dans l’amour. L’amour se porte vers l’aimé à travers l’émotion du corps et, se voyant reçu et correspondu, se repose en lui. Ce mouvement du désir se répète en plusieurs vagues successives et fait entrer notre cœur, de plus en plus rasséréné, dans un repos infiniment plus profond que la &lt;span style="font-style:italic;"&gt;petite mort&lt;/span&gt; qui suit le plaisir sexuel. Renaud sait que c’est vrai, car il a pu l’expérimenter plusieurs fois avec moi et il en a retiré, de son propre aveu, un grand bonheur d’amour d’amitié. Et pourtant, il se retient encore, sans donner d’explications, d’offrir tout son corps à cette tendresse, dont il sent par ailleurs qu’elle lui apporte le repos du cœur et l’apaisement des sens.&lt;br /&gt;De mon côté je vis cette dérobade comme un refus de confiance. C’est comme s’il avait à se protéger de moi dans une partie de lui-même, comme si ma tendresse pouvait constituer une menace pour ce qu’il a de plus vulnérable dans son corps. Le voir glisser alors dans l’inertie passive, voire dans le sommeil, me laisse l’impression qu’il redoute sa sensibilité parce qu’en fait il n’est pas porté dans l’amour vers la personne de son ami, mais qu’il rêvasse plutôt du côté de ses fantasmes. Le sentir se rétracter ainsi, au moment même où ses paroles et se gestes viennent d’affirmer hautement le désir de se donner, me fait craindre qu’il ne se paie de mots et que son amour pour moi ne soit en réalité qu’un amour de tête. Cela ne m’est-il pas confirmé quand je vois, sur un site d’Internet spécialisé pour cela, qu’il m’a supprimé sans me le dire de sa liste de contacts sur son chat MSN et qu’il m’y a même "bloqué" pour que je ne le voie pas quand il est en ligne et que je ne puisse venir le déranger quand il chatte avec d’autres personnes. Lui, en revanche, pouvant venir chatter avec moi quand il veut, bien sûr. Ces soupçons rouvrent en moi la blessure d’abandon que nous portons tous en nous et, sans me plaindre, je me replie sur moi et en silence lui ferme mon cœur. J’ai beau chercher à rester extérieurement le même, il le devine et cela le met sans doute à son tour dans l’insécurité. Je crois que, dans ce cas, ni l’un ni l’autre nous ne savons que faire, car les paroles rassurantes que nous échangeons ensuite sonnent faux".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai répondu à Antoine que je ne pouvais entièrement le détromper, car la jeune génération d’aujourd’hui, qui au départ de la vie n’a pas eu une famille digne de confiance, surfe trop sur une culture individualiste de libre-service et de chat pour ne pas être attirée malgré elle dans une spirale d’égocentrisme féroce. Néanmoins, ce narcissisme doit sans doute beaucoup à la fragilité psychologique de jeunes dépourvus d’éducation parentale et de véritable culture. Il faut donc se garder de le mettre intégralement au compte du manque de cœur. Au lieu de récriminer contre eux et de menacer de les laisser tomber, ce qui ne ferait qu’affoler leur fragilité affective, prenons de sages résolutions au sujet de la manière dont nous nous positionnons à leur égard. Tout d’abord ne soyons jamais en situation de demandeurs. Ils ne peuvent pas s’empêcher de profiter des relations où nous sommes en dépendance par rapport à eux, voire de les susciter, en fait plus pour se rassurer sur notre attachement que par perversité. Ne cédons en rien à ce petit jeu de séduction-abandon, tout en leur témoignant une affection persévérante, mais seulement au nom d’une fidélité librement accordée. Comme toute personne ayant à aimer de manière paternelle, n’attendons pas grand-chose d’eux pour nous-mêmes, en sorte que dans ce domaine ils ne puissent nous surprendre qu’en bien.&lt;br /&gt;Alors, nos attentes et nos demandes à nous, à qui donc les porter ? A quelqu’un dans nos âges. Lui comprendra.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-116898159037895785?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/116898159037895785/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=116898159037895785' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116898159037895785'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116898159037895785'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2007/01/8-aimer-en-position-de-pre.html' title='8. Aimer en position de père'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-116505341257847705</id><published>2006-12-02T10:56:00.000+01:00</published><updated>2006-12-02T11:00:54.526+01:00</updated><title type='text'>7. Il suffit de se baisser</title><content type='html'>Une fois de plus l’amour d’amitié se présente dans ma vie d’une manière inattendue : un cri sur ce blog. Non pas, comme pour Tristan, un cri de détresse, mais une vigoureuse profession de foi et d’espérance en l’amour, lancée avec un tel élan que j’ai cru tout d’abord qu’elle exprimait l’intrépidité un peu téméraire d’un jeune homme. Mais, je me trompais. Oh surprise, c’est bien un homme de ma génération qui parlait avec une conviction que les épreuves de la vie ont dépouillée sans l’user ! Celui qui fut dans sa jeunesse un provocateur a acquis la sagesse que donne l’expérience, sans perdre pour autant l’innocence et l’élan du cœur propres à celle-ci. Il en a même gardé l’humour et le goût pour la taquinerie malicieuse et tendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment se fait-il que j’aie perçu dans son cri un appel personnel, comme s’il frappait à ma porte ? Je ne sais. Mais le fait est que je ne me suis pas trompé : il est bien l’ami mûr qui arrive comme ce frère de quelques années plus jeune, qui à nos âges est devenu un égal. Parce que nous avions l’un et l’autre depuis longtemps laissé tomber toute image à priori de l’ami attendu, nous nous sommes accueillis, découverts et choisis avec une extrême simplicité. Humblement, comme des pauvres émerveillés devant un cadeau auquel ils n’avaient pas droit. Je pressens que notre amitié sera placée sous le signe de cette simplicité qui lui est si spontanée. Plaise au ciel qu’elle ne s’accompagne pas, comme souvent dans mes amitiés antérieures, d’un éloignement géographique ! Mais, même si ce devait être le cas, je crois que ni l’un ni l’autre nous ne regretterions d’être devenus amis et que, comme pour mes autres amitiés, ce sera à la fois de manière non-exclusive et pour la vie. Notre automne, comme celui de cette année, se résiste à céder la place à l’hiver. Je ne peux pas en dire plus : les gens heureux n’ont pas d’histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette rencontre me fait prendre conscience une fois de plus de ce que l’amour d’amitié est beaucoup plus à portée de la main qu’on ne le croit. Un ami me disait jadis : « Mais il suffit de se baisser pour le prendre !». Oui, justement : c’est à portée de la main, mais il faut &lt;span style="font-style:italic;"&gt;se baisser&lt;/span&gt;. Autrement dit, il faut l’accueillir humblement, avec un cœur pauvre. C’est la vanité ou l’orgueil qui nous maintient durablement hors de l’amour d’amitié, car elle nous empêche de voir qu’il est souvent à notre porte silencieusement, trop discret pour oser y frapper bruyamment. Vanité, dans le fait d’exiger de l’autre qu’il corresponde à un type  à priori, qui me renvoie une image valorisante de moi-même. Or ce n’est qu’en commençant à l’aimer que l’on découvre la séduction la plus personnelle de l’ami. C’est ici, en effet, que le piège de comportements fréquents dans les mœurs gays est particulièrement redoutable. Les femmes qui aiment des femmes mettent, elles, plus de cœur dans leurs relations, si j’en juge par les histoires que reflète Hélène de Monferrand dans ses romans, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les amies d’Héloïse&lt;/span&gt; et surtout &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le journal de Suzanne&lt;/span&gt; , que je trouve particulièrement touchant. Orgueil, dans le fait de ne pas vouloir se reconnaître humblement demandeur, j’ose dire &lt;span style="font-style:italic;"&gt;mendiant&lt;/span&gt;, de l’amour d’un autre, amour que l’on ne peut recevoir que comme un don immérité. Ce piège guette surtout ceux qui se sentent humiliés par leur besoin d’affection masculine et se réfugient dans la dénégation en affichant une hétérosexualité de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;macho&lt;/span&gt;. Le jour où ils craquent ils vont nourrir les rangs de ces nombreux bisexuels qui cachent des passades homosexuelles compulsives sous une virilité affectée, voire sous des discours homophobes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec mes frères et mes amis je voudrais pouvoir dire non seulement de parole mais surtout par nos vies notre humble conviction : « Nous avons connu l’amour et nous y avons cru ».&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-116505341257847705?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/116505341257847705/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=116505341257847705' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116505341257847705'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116505341257847705'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/12/7-il-suffit-de-se-baisser.html' title='7. Il suffit de se baisser'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-116178348340400396</id><published>2006-10-25T15:37:00.000+02:00</published><updated>2006-10-27T21:15:24.040+02:00</updated><title type='text'>6 « L’homme de sa vie ».</title><content type='html'>Le film qui porte ce titre vient de sortir ce mois-ci sur les écrans. Il est réalisé par Zabou Breitman avec Bernard Campan et Charles Berling. A priori on aurait pu craindre le pire. Un ami me dit qu’il redoutait une version actualisée du pervers « Théorème » de Pasolini. En effet Hugo, qui se présente en « pédé provocateur », personnage joué de manière crédible par Charles Berling, fait bien penser au début au prédateur-libérateur pasolinien. Il a visiblement « flashé » sur son voisin Frédéric et s’apprête à ne faire qu’une bouchée de lui entre deux passades avec un éphèbe ramené d’une discothèque gay.&lt;br /&gt;Et puis voici que l’amitié s’invite à leurs interminables conversations nocturnes sous le ciel d’été de la Drôme. S’approfondissant en amour d’amitié, elle va les déstabiliser l’un et l’autre dans leur précaire équilibre de vie : la monotone alternance de Hugo entre esthétisme et drague, le train-train petit-bourgeois de Frédéric entre une famille agglutinante et une femme avec qui les rapports sexuels commencent à tomber en panne faute de vraie rencontre personnelle. Ce bouleversement du cœur va permettre à Hugo de rejoindre dans le pardon son père mourant jusqu’à se blottir contre lui comme un enfant, accomplissant enfin le geste de tendresse tant réprimé jusque là. C’est sans doute que ce geste est celui que Frédéric a posé sur lui en venant appuyer sa tête contre la sienne. Il est remarquable qu’au fur et à mesure qu’un contact de tendresse s’établit entre leurs corps, Hugo se libère d’un besoin de drague homosexuelle jusque là compulsif, sans pour autant désirer Frédéric sexuellement. De son côté celui-ci découvre à partir de cette tendresse d’amitié avec Hugo qu’il ne sert à rien de vouloir réussir à nouveau ses actes sexuels avec sa femme, s’il ne rebâtit pas d’abord une vraie relation de cœur avec elle.&lt;br /&gt;Ce film me semble représenter l’antithèse du « Secret de Brokeback Mountain », qui avait fait tant de bruit il y a quelques mois. Piégés par la pression sociale, mais tout autant par leur incapacité à l’amour d’amitié, les deux cow-boys se voyaient voués à une passion destructrice incapable de s’exprimer autrement que dans la violence de la pulsion sexuelle. Il me semble significatif que tant de ceux qui mènent une vie gay se soient reconnus dans leur destinée tragique. Je me demande qui se reconnaîtra en Hugo et en Frédéric. Si peu d’hommes ont eu l’occasion de faire le cheminement de Hugo et de Frédéric !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ce que je me disais en répondant à Jean-David qui me demande « d’ouvrir son intelligence », laquelle ne comprend pas pourquoi l’amour d’amitié entre hommes amène spontanément à laisser tomber les relations sexuelles. « De mon côté, lui ai-je écrit, je ne suis pas sûr que je puisse faire ce que tu me demandes autrement que par le témoignage de ce blog. En fait ce n'est pas un problème intellectuel. Quand tu me dis que tu cherches "une relation où les corps communient" dans un "embrasement et une étreinte de don", j'ai envie de te dire que c'est cela même que j’ai connu, mais de manière apaisante et durable, dans les échanges corporels de tendresse au sein de l'amour d'amitié. Mais, comme je ne puis te demander de me croire sur parole, il ne me reste qu’à espérer qu'il te soit donné d'expérimenter cela avec quelqu'un qui t'aimera de cette manière. Ce n'est qu'à lui que tu pourras peut-être dire un jour du fond du cœur: "Mon plaisir c'est toi, non la jouissance que je pourrais chercher à tirer de toi!".&lt;br /&gt;De même tu me dis que la sexualité entre deux hommes ne conduit pas nécessairement à l'instrumentalisation de l'autre. D’après mon expérience personnelle, celle-ci n'apparaît qu'au bout d'un moment, avec le besoin d'activer le mécanisme de la jouissance qui s'émousse, et elle n'est perçue que par des personnes qui s'aiment avec une grande profondeur et intensité spirituelle. Ceux qui se sont installés dans un "couple homo" pépère ne s'en aperçoivent même pas et se contentent de tolérer des passades, récurrentes chez l'un et l'autre des conjoints, sur lesquelles ils ferment les yeux pour ne pas se retrouver seuls. Comme je l'ai dit, assumer la part de solitude d'une vie de célibataire me semble une condition nécessaire pour vivre l'amour d'amitié entre hommes. L'ami, n'étant pas un conjoint, est aimé pour lui-même, dans sa vie à lui, et non comme un remède à notre angoisse de solitude et d’abandon. Mais, là aussi, seule l'expérience t'instruira avec le temps, si tu veux bien accueillir ses leçons. Tout ce que je pourrais te dire maintenant sonnerait encore à tes oreilles comme "irréel et presque virtuel" ».&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-116178348340400396?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/116178348340400396/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=116178348340400396' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116178348340400396'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116178348340400396'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/10/6-lhomme-de-sa-vie.html' title='6 « L’homme de sa vie ».'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-116102870129127749</id><published>2006-10-16T21:55:00.000+02:00</published><updated>2006-10-16T22:04:13.210+02:00</updated><title type='text'>5 Qui ose encore croire à l’amour ?</title><content type='html'>L’automne m’apporte un de ces fruits d’arrière-saison particulièrement doux. C’est une réponse inattendue au message de cet été, dans lequel je demandais s’il y avait quelqu’un qui ne cherchât pas du sexe mais à partager avec un ami de la tendresse dans la communion du cœur. Les réponses reçues m’avaient désolé. Elles venaient d’hommes mûrs dont la capacité d’aimer avait été asséchée par la recherche – au demeurant décevante – du plaisir. Comme pour m’arracher à mon humeur chagrine, voici qu’est arrivé ce post comme une divine surprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Divine est sans doute le qualificatif qui lui convient, car je pressens que le mot de « providence » ne se trouve pas par hasard dans ce post. Renaud Camus, qui n’est pourtant pas un enfant de chœur, a fait remarquer fort justement dans une page de son journal de ces dernières années que chaque fois que dans ses rencontres quelqu’un parle d’amour, il s’agit d’un chrétien. J’aime la sincérité de Renaud Camus, comme celle de Michel Houellebecq : ils ne cherchent pas à nous faire croire que le plaisir sexuel nous emmène au septième ciel. Avec Benoît Duteurtre il fait partie de ces « écrivains homosexuels » récents qui décrivent la vie gay sans en cacher toute la part de frustrations et de misères qu’elle charrie, mais sans tomber pour autant dans le sombre nihilisme qu’étalaient complaisamment à ce sujet il y a une décennie un Hervé Guibert ou un Cyril Collard. A la différence de ces derniers, fascinés par la face morbide et mortifère de la perversion recherchée comme telle, ils la subissent comme une pauvreté. Aussi leur littérature laisse-t-elle pressentir comme une nostalgie de ce que pourrait être l’amour d’amitié. Ils l’ont certainement entrevu et, même s’ils ne sont pas (encore ?) prêts à lâcher la course au plaisir pour l’obtenir, ils le regrettent car ils pressentent que le vrai bonheur est sans doute de ce côté. Quel roman marquera-t-il en ce début de siècle un tournant analogue à celui par lequel Chateaubriand fit passer ses contemporains de Choderlos de Laclos et du marquis de Sade à la virginité d’Attala ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà qu’un cœur jeune, sans doute un cœur de jeune homme, ose s’adresser à moi au nom de l’amour et de la tendresse. Mais au fond n’est-ce pas le désir premier et plus profond du cœur de l’homme ? N’est-ce pas cette demande que beaucoup ont d’abord essayé en vain de faire entendre avant de se résigner à la laisser étouffer sous le béton du plaisir dans la vie gay ? Voilà sans doute, avec ma qualité d’enseignant, ce qui explique que de mes trois amis de cœur les deux derniers se trouvent être des jeunes. Je ne les ai pourtant pas recherchés pour leur jeunesse. Dans l’amour d’amitié ce type d’amitié socratique me semble exiger de l’aîné, comme Allan Bloom l’a rappelé dans "Amour et amitié", un renoncement qui relève de la paternité. Elle explique la réserve de Socrate, qui a toujours refusé de coucher avec Alcibiade, à l’étonnement déçu de celui-ci. C’est pourquoi j’aimerais pour ma part rencontrer un ami de mon âge qui puisse encore croire à l’amour. Hélas, peu d’hommes de ma génération osent dépasser la nostalgie de celui-ci, celle dont parlent si bien Renaud Camus ou Benoît Duteurtre. La plupart d’entre eux sont depuis longtemps des retraités de l’amour et ne songent plus qu’aux dernières bribes de plaisir qu’ils peuvent encore glaner à leur âge. Quand ils n’appellent pas amour le besoin qu’ils ont de séduire un plus jeune pour oublier qu’ils deviennent vieux. Dans le domaine du cœur mon automne semble donc voué à soutenir des printemps incertains. J’en suis heureux, et pourtant j’aurais aimé partager les flamboiements de l’été indien, car la lumière d’automne est bien belle près de l’Océan. Dommage !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-116102870129127749?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/116102870129127749/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=116102870129127749' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116102870129127749'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/116102870129127749'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/10/5-qui-ose-encore-croire-lamour.html' title='5 Qui ose encore croire à l’amour ?'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-115575567337751509</id><published>2006-08-16T21:13:00.000+02:00</published><updated>2006-08-16T21:38:18.250+02:00</updated><title type='text'>4 Cette solitude, qui n’est pas esseulement</title><content type='html'>Perceval est parti, non pas de ma vie mais de ma ville. Je dois apprendre à vivre avec lui au loin, comme je l’ai fait auparavant avec David et avec Tristan. Réapprendre la solitude du cœur, qui n’est pas l’esseulement. Ce dont je me libère le plus difficilement dans la tentation homosexuelle c’est de la peur de la solitude, toujours ressentie à un certain degré comme un abandon. C’est une vieille angoisse d’enfant. Quand j’étais petit, je faisais toujours le même cauchemar : je me réveillais un matin et l’appartement était totalement désert ; les miens étaient partis et m’avaient oublié derrière eux. A chaque fois je dois donc me remettre à apprivoiser ma solitude en découvrant qu’elle n’est pas esseulement, mais le recueillement indispensable pour se donner vraiment à ceux que l’on veut aimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans intériorité, donc sans solitude assumée, je ne vois pas pour moi de véritable amour d’amitié possible. Tout ce que la passion a de fusionnel, dans la pulsion physique et plus encore affective, menace l’amitié durable. Un tel désir a comme objet, non pas l’autre dans sa réalité personnelle, mais l’image que je m’en fais et à travers laquelle je cherche à coïncider avec un moi idéalisé. Image qui est donc idole. Sa poursuite est lourde de déceptions, d’implosions et de ruptures à venir. Seule l’acceptation de la part solitude que me réserve la vie peut m’en délivrer. Après les grandes eaux de l’amour d’amitié, il me faut apprendre à nouveau que la marée basse précède nécessairement la pleine mer. Seul le dépouillement et l’intériorité me permettront de me donner à nouveau en vérité. Il faut endurer cette part de désolation qui me libère de l’idolâtrie de moi-même pour me tourner vers la présence de l’Autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Entre temps j’ai laissé cette annonce dans une messagerie : « Y a-t-il quelqu’un ici qui ne cherche pas du sexe, mais qui désirerait partager avec un ami de la tendresse dans la communion du cœur ? ». Dans un tel lieu je sais que ce ne peut être qu’une bouteille à la mer. A preuve les réponses de ceux qui me contactent en n’ayant de toute évidence pas lu attentivement mon annonce ou pas voulu comprendre ce qu’elle disait. Ceux-là veulent à tout prix combler le vide sexuel de leur mois d’août. Je sais néanmoins que l’homme est plus assoiffé d’amour authentique que de plaisir. Quelques uns osent se l’avouer et me le dire. Cela donne parfois des échanges assez personnels par mail ou par chat. Mais comme il est difficile malgré tout de les convaincre de lâcher l’idole d’eux-mêmes qu’ils traquent à travers leur désir de fusion affective ! Ils sont comme des enfants agrippés à leur nounours, qu’ils veulent emmener à tout prix avec eux dans leur lit pour apaiser leur angoisse. Comment leur faire comprendre que seule la solitude acceptée et l’intériorité nous permettent de nous donner ensuite à un autre à partir de ce que nous avons de plus vrai et de plus personnel ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-115575567337751509?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/115575567337751509/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=115575567337751509' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/115575567337751509'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/115575567337751509'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/08/4-cette-solitude-qui-nest-pas.html' title='4 Cette solitude, qui n’est pas esseulement'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-115088393010770042</id><published>2006-06-21T11:58:00.000+02:00</published><updated>2006-06-21T18:22:30.240+02:00</updated><title type='text'>3. Perceval ou le repos d’amour dans l’ami</title><content type='html'>Des années étaient encore passées. Allais-je encore connaître un nouvel amour d’amitié ? Je ne le pensais pas, bien des années après ma rencontre avec Tristan. Les contacts réguliers avec David et les rencontres périodiques avec Tristan ne m’apportaient-ils pas le minimum de présence aimante dont j’avais besoin pour endurer leur éloignement ? Par ailleurs, autour de moi, les hommes de mon âge qui avaient la même inclination affective que moi me semblaient desséchés et comme « bétonnés » dans leur cœur par des années passées à chercher la jouissance dans la vie gay. Je compatissais de tout mon cœur à leur détresse, mais je marchais moi-même sur un chemin trop différent du leur pour pouvoir les aimer d’amour. Quant aux plus jeunes, la superficialité et le narcissisme propre à leur âge et à leur génération m’incitaient à me tenir prudemment éloigné d’eux. J’en croisais pourtant chaque jour, car il ne m’était pas difficile de deviner parmi mes étudiants ceux qui avaient la même béance affective que moi. Mais je flairais aussi combien celle-ci était le plus souvent déjà orientée vers le désir de séduire l’homme mûr pour l’asservir, de manière plus ou moins intéressée, dans une dépendance affective. Ayant donné une fois, à l’aube de ma vie amoureuse, dans ce miroir aux alouettes et ayant couru le risque de me détruire, j’étais bien décidé à ne plus m’y laisser prendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussi, quand mon regard commença à rencontrer en cours celui de Perceval, qui de son côté cherchait visiblement le mien, voulus-je l’ignorer, refusant de me sentir concerné par lui. Mais à chaque fois son regard était de nouveau là. Celui-ci me dérangeait un peu, mais je fus bientôt obligé de me dire qu’il ne comportait aucun jeu de séduction. Non, son regard était tout doucement posé sur le mien en une attente confiante. J’en fus assez dérouté, tellement cela contrastait avec le comportement des jeunes de sa génération vis à vis d’un homme qu’ils admirent et qui pourrait être leur père. Je l’observais pendant les pauses entre les cours. Autant avec ses camarades il faisait preuve d’une légèreté et d’une désinvolture trop affichées pour ne pas être affectées, autant en tête-à-tête avec moi il était serein et direct. C’était comme s’il ne se protégeait pas par apport à moi. Il ne me cherchait pas non plus de manière provocante, à la différence de ces jeunes qui veulent ainsi accrocher leur professeur. Il m’observait avec son attention soutenue d’enfant sage. En même temps il m’ouvrait son regard, me permettant de descendre très profond dans la béance de son cœur. J’y lisais une immense soif de tendresse jointe à une vraie innocence. De longs mois passèrent dans cette attention réciproque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la fin de l’année académique Perceval demanda à me rencontrer personnellement. Nous parlâmes cours, puis il en vint à me confier son besoin d’amitié masculine. C’était dit sans sous-entendu appuyé me concernant. Je lui indiquai un autre étudiant, ami de cœur de Tristan, en lui disant que celui-ci serait sans aucun doute capable de lui offrir une relation affective à la fois intense et équilibrée. A ce moment il eut un sourire un peu rêveur, comme si je ne comprenais pas. Puis, il se décida et me demanda sereinement de pouvoir continuer à me rencontrer personnellement à l’avenir. Surpris, je posais mes yeux dans les siens et je sentis sa paisible détermination. Alors je décidai de lui donner ma confiance, celle qui seule mesure la profondeur de l’amour, et j’acquiesçai à sa requête : nous pourrions nous rencontrer personnellement en dehors du cadre académique. Il sourit, comme il devait désormais le faire avec moi, à la fois avec les yeux et avec la bouche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai tout lu dans le regard de Perceval, ce regard à la fois doux et déterminé, avec cette pointe de tendresse malicieuse qui brille souvent au fond de ses yeux noisette. Un regard d’enfant sérieux et responsable, celui aussi d’un homme adulte qui porte en lui une enfance encore vivante. C’est si rare ! Comment n’aurais-je pas été conquis par ce que je devinais dans ce regard qui se reposait désormais paisiblement et longuement dans le mien ? C’était souvent le cas pendant mes cours et néanmoins ni l’un ni l’autre nous n’en étions troublés. A ces occasions nos regards ne se sont jamais ni cherchés, ni fuis, ils se rencontraient souvent dans une présence sereine comme le repos qu’apporte la certitude. Il n’en allait pas de même, hélas, dans les conversations de groupe pendant les intercours. Là, sous les yeux des autres étudiants, Perceval était moins à l’aise, passant d’une légèreté trop désinvolte pour ne pas sonner comme un peu artificielle à un isolement quelque peu maussade. Quant à moi, tout en parlant distraitement avec les autres, je me retranchais dans une rêverie intérieure où je le rejoignais hors de ce cadre convenu où il m’était dorénavant insupportable d’avoir à le croiser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’en souffrais pas, car j’ai su depuis le début qu’il en allait de même pour Perceval. Et pourtant tout cela avait l’air fou. Lui, un étudiant dans sa vingtaine finissante, et moi, son professeur, d’un âge qui fait de moi un vieux pour sa génération. Mais justement Perceval n’est pas de sa génération. Il ne vit pas pour autant dans un rêve rétro de manière passéiste. Non, il est simplement lui-même, seulement et exclusivement lui-même, avec une telle force tranquille que je ne puis voir en lui un jeune. Il ne partage pas les angoisses et les incertitudes qui poussent tant de jeunes à s’identifier à leur génération à travers ses modes et ses tics. En moi il a osé aimer lucidement, sans l’ombre d’un jeu de séduction, même pas un prof d’âge moyen encore attrayant, mais un homme entrant dans l’automne de sa vie, automne dont Perceval a fait d’ailleurs un flamboyant été indien. Il m’a aimé, certes, comme un aîné et un père, mais aussi comme un égal, un frère et un ami. Je revois encore le bonheur tout neuf de Perceval dans ce restaurant chinois où nous dînions ensemble pour la première fois. Il me regardait en souriant avec les yeux, comme lui seul sait le faire, et il ponctuait notre conversation d’un « Je suis heureux ! », à la fois grave et enfantin. Cette acceptation reconnaissante du bonheur me toucha par son humble simplicité. C’est vrai que nous étions heureux comme deux gosses et que nous n’avions pas honte de nous le dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui donne à son tour la parole, dans la lettre où il déclarait pour la première fois cet amour d’amitié dont nous avions parlé, dès notre première rencontre en tête-à-tête, sans trop oser nous dire que c’était nous deux qu’il concernait en premier chef. Car nous avons eu longtemps des délicatesses et des timidités qui nous retenaient de parler de nous, parce que chacun était sûr de l’autre au fond de lui-même, mais aussi parce qu’il avait peur de blesser par maladresse le cœur de l’ami qu’il savait vulnérable. Voilà ce qu’il m’écrivit quelque temps après, alors qu’il me vouvoyait encore : « Déjà, depuis le début de l'année, depuis notre premier cours, j'étais captivé. Votre regard pénétrant et bienveillant, votre voix emprunte d'une douceur inimitable, vos propos sages et votre présence attentive m'ont conquis. Dans vos yeux, d'abord, j'ai tout vu et tout compris. Et puis nous nous sommes connus. D'abord par le biais d'une conversation téléphonique, suivie peu de temps après par une rencontre, chez vous. Déjà c'était vous que je "voulais". Mais pas le "vouloir" captateur et oppresseur que nous connaissons malheureusement trop bien, mais le "vouloir" d'amitié, d'amour d'amitié, qui fait que deux êtres sont faits pour se rencontrer et tisser des liens d'une autre dimension, d'une autre qualité dans un don total, mêlé de confiance réciproque et de respect mutuel. Par bonheur et par grâce, cette rencontre a eu lieu et elle dure. Mon cœur est plein de reconnaissance pour ce don qui m'est fait et dont, en toute honnêteté, je me sens toujours indigne, malgré les réponses affectueuses et sincères, je le sais, que vous avez déjà apportées à mes réflexions. Je vous aime, cher père-frère et tendre ami. Je ne veux que votre bonheur. Votre joie. Votre paix ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette joie, cette paix, ce bonheur, il les a par la suite scellés à jamais en moi quand il m’a donné ses mains, quand il est venu dans mes bras, naturel et serein comme toujours, pour reposer longuement sa tête au creux de mon épaule. Depuis lors, ce sont de nouveau les gestes de tendresse, inaugurés jadis avec David, que j’ai retrouvés pour lui, ou plutôt que nous avons redécouverts ensemble, car ce n’est jamais pareil. Avec Perceval pas de tension, ni même de tentation par rapport à la jouissance : chacun de nous est si offert dans sa présence à l’autre que son désir trouve aussitôt son accomplissement dans l’aimé, sans songer à le chercher en lui-même. J’ai toujours ressenti le désir du plaisir sexuel comme provenant du besoin d’être rassuré affectivement face au départ de l’autre. Par quel miracle Perceval et moi avons-nous su nous livrer si pleinement l’un à l’autre que l’angoisse de la séparation en a été toujours exorcisée, alors que nous savons depuis le début de notre amour que ces jours où nous vivons dans la même ville sont comptés ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me revient à la mémoire un verset de Hölderlin : Mais je ne m’en vais pas, quand je m’en vais. Comment Perceval et moi avons-nous découvert ensemble que désormais tout départ nous est promesse ? Dans le mythe arthurien, Perceval est le chevalier qui soigne enfin le Roi Pêcheur, le &lt;em&gt;Roi Méhaigné &lt;/em&gt; de la &lt;em&gt;Terre Gâte &lt;/em&gt;, de sa blessure jusque là inguérissable en partageant avec lui le secret de la Présence, symbolisé par le Graal. Perceval et moi, nous aussi, sommes entrés l’un par l’autre, l’un dans l’autre, dans le repos d’une présence qui ne cesse pas, même dans la séparation, car elle est elle-même fondée sur la Présence qui ne connaît pas de déclin. Voilà ce qu’expriment chacune des paroles, chacun des gestes échangés entre nous et, plus que tout, ces moments d’éternité où notre regard plonge dans le regard de l’aimé et se repose en lui qu’il trouve pleinement présent dans l’amour, parce que pleinement donné à l’Amour, celui qui ne passera jamais.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-115088393010770042?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/115088393010770042/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=115088393010770042' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/115088393010770042'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/115088393010770042'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/06/3-perceval-ou-le-repos-damour-dans.html' title='3. Perceval ou le repos d’amour dans l’ami'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-114978035178259323</id><published>2006-06-08T17:24:00.000+02:00</published><updated>2006-06-21T12:04:17.506+02:00</updated><title type='text'>2.Tristan ou la passion d’amitié</title><content type='html'>Bien des années étaient passées. David et moi nous ne nous revoyions que de manière irrégulière, en fonction des maigres disponibilités que nous laissaient à la fois la distance géographique et la surcharge de nos emplois du temps respectifs. A quelques rares moments bénis notre travail respectif nous amenait à nous retrouver dans un même lieu pour collaborer pendant un temps. Entre deux rencontres, nous nous écrivions et nous nous parlions au téléphone. D’entendre l’inflexion de sa voix je me sentais revivre, car au quotidien il me manquait cruellement. Et pourtant j’étais heureux de le savoir à sa place et d’entendre dire par d’autres combien il était apprécié, aimé. L’acceptation de laisser l’autre à sa vie était irrévocable, mais j’avais à la renouveler chaque jour. Or, en redonnant David, j’avais l’impression que se creusait progressivement en moi un espace nouveau. C’était comme une nouvelle attente, non pas en dehors de David, mais dans le cœur façonné et habité par son amour. C’était, je devais le comprendre peu à peu, l’aspiration à la fécondité de notre amour lui-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là où j’habitais des amis, qui avaient la même inclination affective que nous, s’étaient joints à moi en un groupe fraternel qui explorait ensemble le chemin ardu mais si beau de l’amour d’amitié. Je m’y retrouvais, un peu par l’âge mais surtout par l’expérience, en position d’aîné, comme un premier de cordée. Cette position m’imposait une réserve affective vis à vis de ces garçons pour le plupart plus jeunes que moi. J’étais par rapport à eux dans une situation délicate : trop jeune pour être leur père, mais trop vieux pour être leur frère : une sorte de jeune oncle, en quelque sorte. Alimenté justement par ma responsabilité d’aîné, un besoin croissant de paternité se faisait néanmoins jour en moi. Je ne me doutais pas qu’il allait renouveler tout mon équilibre affectif construit sur l’amour d’amitié avec David.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est un des jeunes amis du groupe qui me présenta un jour Tristan, un des camarades de sa résidence d’étudiants. Il me dit qu’il allait quitter définitivement la ville et que Tristan en était malheureux, parce qu’il s’était attaché à lui comme à un frère aîné. Il me demanda si je pouvais désormais m’occuper de lui. Je rencontrai donc Tristan. Ce garçon me sembla plus jeune qu’il n’était, comme s’il était tout juste sorti de l’enfance. Mais, à l’opposé de l’adolescent qui joue à l’éphèbe séducteur, il m’apparut vulnérable comme un oiseau tombé du nid. C’était pourtant déjà un musicien, doublé d’un littéraire. Il avait le tempérament passionné et hypersensible des artistes. En homéopathe de Café du Commerce, je le diagnostiquai comme Phosphorus : « s’enflamme et se consume ». Je ne me doutais pas que son feu allait vite me gagner moi-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me parla de son enfance douloureuse en raison de parents divorcés. Mais il était très timide, ce qui le rendait secret. Aussi ne me révéla-t-il la profondeur de sa blessure que d’une manière soudaine et aussi inattendue pour l’un que pour l’autre. Il était parti passer quelques jours chez un ami d’enfance et je fus surpris de recevoir un coup de téléphone de chez celui-ci. Au bout du fil Tristan semblait bouleversé. Quand je lui demandai ce qui n’allait pas, il me dit en retenant des sanglots à grande peine : « J’ai sous mes yeux l’affection du père de mon ami pour son fils et je me dis que je n’aurai jamais un père pour m’aimer comme lui ». C’était de toute évidence un cri vers moi et je le reçus comme tel. Un philosophe contemporain a écrit que l’homme s’éveille au sens de la responsabilité en entendant pleurer son petit enfant. Le cri de Tristan éveilla brutalement dans mes entrailles cet amour paternel qui grandissait en moi de manière latente. Emu aux larmes à mon tour, je lui lançai presque comme un reproche : « Mais, Tristan, moi je t’aime ! ». Il y eut un silence, puis il reprit la conversation d’une voix apaisée, comme s’il avait obtenu ce qu’il avait besoin d’entendre. On convint de se revoir très vite à son retour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand je le retrouvai, j’eus l’impression qu’il avait déjà un peu grandi. Je commençais à deviner la force qui se cachait sous la vulnérabilité de Tristan. Elle lui avait donné de tenir bon dans son enfance, puis de réussir ses études ; maintenant elle le faisait se redresser et me faire face dans l’amour. Pour m’aimer, il allait devoir se mesurer à moi et cela ne lui faisait pas peur. Il lui faudrait se battre pour rester lui-même face à celui qui, en l’aimant, lui donnait la vie comme un père. Notre amour serait toujours ce corps à corps où chacun doit rester lui-même pour aimer l’autre en vérité. Etant lui aussi l’aîné dans sa famille et portant comme moi un sens redoutable de sa responsabilité, son amitié avec moi allait être un cocktail fort de tendresse passionnée et d’exigence de vérité. Les deux intellectuels que nous sommes ne se passeraient rien dans ce domaine, mais notre amour se nourrirait de cet affrontement lui-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je retrouvai avec lui les gestes de la tendresse découverts avec David. Je ne pouvais d’ailleurs les lui donner qu’en lui parlant de lui, pour qu’il comprenne que je l’aimais avec le cœur que celui-ci avait façonné et qu’il habitait à jamais. Tristan l’accepta sans l’ombre d’une jalousie. Son sens très fort de l’autonomie le préservait de toute dépendance affective au cœur même d’une amitié passionnée. Car Tristan portait bien son nom : comme le héros de la légende arthurienne il avait bu le philtre de la passion. Assoiffé de tendresse tout autant que moi, jamais lassé d’en donner et d’en recevoir, il passait avec moi des heures d’intimité que ni l’un ni l’autre nous ne voulions voir finir. L’angoisse de la séparation, même momentanée, déclenchait en lui un besoin sexuel dont je connaissais moi-même la tentation : celui de vouloir garder l’aimé attaché à soi par la fusion de la jouissance. J’avais beau lui murmurer à l’oreille que nous ne nous éloignerions jamais par le cœur, ce que la vie a confirmé, et que le plaisir sexuel ne nous unirait pas plus que la tendresse, bien au contraire, le philtre de la passion s’imposait à lui et, à travers lui, m’entraînait moi-même. Nos rencontres auront toujours été aussi des combats corps à corps entre la tendresse et la passion, où celle-ci a eu parfois le dessus. Tout en le regrettant, je ne pouvais pas néanmoins en vouloir à Tristan, tellement je sentais que c’était plus fort que lui. Mais quel bonheur a été le nôtre chaque fois que j’ai pu l’apaiser dans la tendresse et l’amener à s’abandonner et à se reposer en moi ! Quelle douceur d’enfant j’ai senti alors sourdre de son cœur blessé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des années ont encore passé. J’ai vu avec une immense joie Tristan prendre sa stature d’homme et notre amour est devenu plus fort du fait de cette égalité entre nous. La vie nous a éloignés dans l’espace, mais jamais par le cœur, comme je le lui avais promis à l’aube de notre amitié. Il a aussi aimé d’autres amis, en des amitiés profondes et durables. Ce fut pour moi une joie renouvelée de me dire que je lui avais fait découvrir cet amour d’amitié et je les ai aimés spontanément à mon tour comme des frères de Tristan. Il nous est donné de nous retrouver de temps en temps et je le redécouvre toujours aussi vulnérable que fort. Néanmoins mon cœur se serre parfois d’angoisse paternelle, en constatant l’empire que garde en lui la passion, par la crainte de la puissance mortifère du feu consumant que le philtre a fait couler dans les veines de Tristan. Ne risque-t-il pas de lui faire croire, pour le meilleur et pour le pire, que c’est l’intensité de la passion qui donne sa profondeur à l’amour, alors que c’est l’abandon confiant ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-114978035178259323?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/114978035178259323/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=114978035178259323' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/114978035178259323'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/114978035178259323'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/06/2tristan-ou-la-passion-damiti.html' title='2.Tristan ou la passion d’amitié'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-28718992.post-114855639670088023</id><published>2006-05-25T09:00:00.000+02:00</published><updated>2006-06-21T18:19:31.166+02:00</updated><title type='text'>1. Choisir d’être gay ?</title><content type='html'>LE BLOG DE JONATHAN&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Une attente lancinante :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Choisit-on d’être gay ? A première vue, non, si j’en juge par mon cas. Depuis mon enfance, bien avant ma puberté, j’ai été attiré affectivement par certains de mes camarades garçons. C’étaient bien plus que des sympathies, de vraies passions amoureuses, celles qui vous rendent affreusement malheureux en l’absence de l’être aimé et qui, en sa présence, vous donnent des sueurs froides et vous rendent les genoux flageolants. Ces amitiés passionnées à un âge si précoce seraient-elles donc le signe que je suis né gay, comme on naît brun ou blond ? Dans ce cas, que cela me plût ou non, je n’aurais eu qu’à m’accepter comme je suis. C’est ce que l’opinion dominante dit aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l’adolescence cet attrait affectif s’est inévitablement surchargé d’émotions érotiques. Je rêvais, au sens propre et au sens figuré, de tel ou tel garçon de mon entourage. Mais c’était toujours un ami pour qui je ressentais, non seulement une attirance, mais aussi une vive sympathie. Comme je pressentais qu’il n’avait pas la même inclination affective que moi, il n’était donc pas question pour moi de lui dire les sentiments qu’il m’inspirait. Je nous imaginais néanmoins dans les bras l’un de l’autre, dans une intimité de caresses et de baisers, avec une jouissance procédant de la tendresse plutôt que du plaisir sexuel comme tel. En effet, physiquement, ce n’étaient jamais ses parties sexuelles qui m’attiraient, mais son torse, contre lequel je désirais me serrer, ou son cou, au creux duquel je rêvais de me blottir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aurais pu facilement, à cet âge où les garçons découvrent leur sexualité un peu n’importe comment, trouver des partenaires de jeux sexuels parmi mes camarades. Mais ce n’est pas sans malaise que je voyais certains se livrer entre eux à des parties de plaisir, qui me repoussaient d’autant plus que je n’y devinais aucune affection. Je savais que je ne la trouverais pas sous ces pulsions sexuelles débridées par l’adolescence. Quant à moi, je ne désirais que ceux que j’aimais et je ne pouvais aimer d’amour que ceux pour qui je ressentais une intense amitié de cœur et d’esprit. Cela ne facilitait pas ma situation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par la suite, comme jeune adulte, mon dilemme a continué. Je n’ai jamais « flashé » sur un garçon en raison de sa beauté corporelle. Je n’avais pas, à propos de celle-ci, ni type ni canon a priori. Je ne me suis donc jamais retourné dans la rue sur un bel homme. En revanche un regard croisé par hasard pouvait me faire chavirer le cœur. Ce n’était pas la beauté d’un corps, ni même la beauté de ses yeux qui me touchait, mais ce que le regard exprimait du plus secret de la personne. C’était soudain comme si je devinais ce qu’elle avait d’unique et cela m’attirait irrésistiblement et soulevait en moi le besoin impérieux de la rejoindre pour la connaître et, si possible, de l’aimer. Qu’y avait-il dans ces regards pour exercer sur moi une attraction si impérieuse ? J’y percevais toujours comme une mystérieuse blessure laissant entrevoir une enfance inachevée, parfois meurtrie. A chaque fois je plongeais corps et biens dans la béance d’un tel regard. Souvent la voix se joignait à lui. C’était toujours la voix de quelqu’un qui parlait doucement, posément, comme un enfant sage qui murmure son secret à un ami. Ces rencontres étaient aussi précieuses que rares et elles me bouleversaient si profondément que je restais à chaque fois interdit et paralysé devant celui qui m’attirait consciemment ou inconsciemment et qui peut-être même m’attendait. L’une ou l’autre de ces rencontres aura sans doute avorté simplement parce que j’étais tétanisé intérieurement. Qui peut le dire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fait est qu’une grande solitude de cœur pesait sur moi. C’est à ce moment que j’ai commencé à écrire, car je ne pouvais exprimer ma détresse intérieure que sous un mode littéraire. Au même moment cependant je découvrais qu’il existait, dans l’anonymat de la grande ville, des lieux où d’autres hommes, esseulés comme moi, se cherchaient comme à tâtons. J’y allais épisodiquement dans l’espoir d’y trouver, sinon l’âme sœur, du moins un cœur aussi désemparé que le mien. Je remarquais cependant à ma grande surprise que les habitués de ces lieux ne se regardaient qu’en se suivant du coin de l’œil, se croisaient de manière furtive en silence, faisant comme s’ils ne se voyaient pas. Dans la pénombre des lieux clos, ils étaient prêts à livrer leur organes sexuels pour les plus invraisemblables gymnastiques, mais ils manifestaient une réticence quasi invincible à donner leur visage et leurs mains, leur regard et leur tendresse. Tout se passait comme si un code non-écrit leur interdisait, au milieu de cet étal de viande humaine, d’entrer dans une relation de personne à personne susceptible de déboucher sur un échange, une amitié, un amour véritable. J’étais d’autant plus dérouté que quelque chose me disait qu’ils étaient néanmoins venus là avec au fond du cœur la même attente que moi. J’étais personnellement incapable de les rejoindre dans leur ébats sexuels, dans lesquels je ne percevais rien de ce qui m’intéressait vraiment : la tendresse de l’amour. Je sortais toujours de ces lieux encore plus seul et plus triste que je n’y étais entré. C’était vraiment, pour emprunter le titre du beau roman de James Baldwin, &lt;em&gt;Un autre pays &lt;/em&gt;: le pays de la solitude. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;David ou l’amour d’amitié :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’amour est soudain venu à moi quand j’avais désespéré de lui. Par une fin de journée d’été j’arrivai dans la maison de campagne qui devait être le cadre d’une semaine internationale d’études universitaires. J’étais pourtant venu là avec des pieds de plomb, comme un automate, en titubant intérieurement à la manière d’un boxeur groggy. J’avais une petite vingtaine d’années et je m’étais laissé prendre quelques mois auparavant dans une dépendance affective envers un de mes camarades de faculté. Je croyais être amoureux de lui. Or, il m’avait fait vivre dans l’angoisse par son comportement instinctivement séducteur. Il avait sans doute besoin de l’image valorisante de lui-même que lui renvoyait le miroir de l’étudiant brillant que j’étais. Il m’avait donc fait subir des hauts et des bas capricieux, au gré de son besoin de séduire. Je m’étais libéré de cet asservissement en rompant d’un coup avec lui, mais de cette déception sentimentale j’étais sorti intérieurement en charpie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au seuil de la grande maison de campagne qui accueillait notre groupe d’étudiants, l’amour s’est offert soudain à moi sous la forme du regard bleu de David, qui m’a ouvert la porte vers son cœur. Alors l’enfant que je n’ai jamais cessé d’être a rejoint pour toujours l’enfant qu’il portait encore en lui. En un instant, en plongeant mon regard dans le sien et en reposant en lui, j’ai été reconstruit intérieurement dans la paix, pour toujours. J’ai su que j’étais aimé à un niveau de profondeur tel qu’il me révélait à moi-même d’une manière inouïe et me réconciliait avec l’enfant que j’avais été et que j’avais fui jusque là. J’ai cru en cet amour et j’ai eu aussitôt la conviction qu’il nous était donné pour toute notre vie, mais pas seulement pour cette vie mortelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous ne nous sommes pas quittés pendant cette semaine d’études et le dernier jour, qui était libre, nous sommes partis marcher ensemble toute la journée dans la campagne environnante. Longuement nous nous sommes raconté nos vies respectives, taraudées l’une et l’autre par cette attente lancinante qui désormais était comblée. Notre attirance réciproque, comme nos affinités d’intérêts, de goûts, de tournure d’esprit et de tempérament, n’auraient pas éveillé en nous un tel amour, s’il n’y avait pas eu d’abord cette indéfinissable rencontre de nos enfances, ces enfances que l’un et l’autre nous portions cachées au plus intime de nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les mots n’ont plus suffi pour dire l’amour et la reconnaissance envers l’autre. Dans cette ferme abandonnée où nous avons dû passer la nuit, les gestes sont donc venus spontanément, avec leur lente liturgie, et le temps en a été comme suspendu. C’était la liberté donnée d’accéder à David dans l’intimité de son corps, non pour le plaisir que j’aurais pu en tirer, mais pour le rejoindre au plus intime de lui-même. La liberté de pouvoir lui laisser en toute confiance me toucher au plus intime à travers tout le mien. Corps rencontré dans sa nudité avec un saisissement presque sacré, moins pour sa beauté que pour sa vulnérabilité livrée entre mes mains avec une telle confiance en mon amour et en mon respect. Pouvoir dire à David, mes yeux dans ses yeux, mes mains dans ses mains, que mon plaisir c’était lui-même et pas quelque jouissance que j’aurais pu obtenir de lui pour la déguster en moi. Sentir par vagues le désir de l’autre monter, s’offrir à lui, puis s’apaiser en accueillant sa tendresse, dans un repos de plénitude libre de l’abattement qui suit l’orgasme. Découvrir avec David, sans honte, dans leur humble beauté, ces pauvres gestes que nous avions l’un et l’autre désirés si longtemps en vain depuis notre enfance : se blottir contre la poitrine de l’ami, l’enserrer dans nos bras, l’embrasser à la base de la nuque, sur les paupières ou aux creux de la main, caresser son visage les yeux dans les yeux, sans cesser de se parler tout doucement. Nous ne pensions même pas à « faire l’amour », comme on dit, nous en vivions comme deux enfants. Un cœur qui aime ainsi saura me comprendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain il a fallu se séparer, car son année universitaire allait reprendre dans sa belle ville lointaine. On s’est promis qu’il reviendrait étudier chez nous dans un an. Pendant cette année de séparation, coupée par deux inoubliables visites, nous nous sommes beaucoup écrit. Tout au long de ces mois de séparation, chaque semaine, sa lettre comme la mienne nous ont dit à l’un et à l’autre que nous ne nous étions pas quittés. Je guettais, sans pouvoir réprimer un petit tressaillement d’inquiétude, la présence dans ma boite aux lettres d’une enveloppe avec le précieux petit timbre lila. Elle n’a jamais manqué. Ces lettres nous ont permis de nous connaître en profondeur et notre amour en est sorti renforcé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous sommes retrouvés l’été et nous avons passé quinze jours de vacances au bord de la mer chez mes parents. Pour eux, il était mon meilleur ami, ce qui se trouvait être parfaitement vrai. Il nous ont donc donné une même chambre avec deux lits jumeaux. Nous passions une grande partie de nos journées sur une plage méditerranéenne, dans un contexte de sensualité diffuse. Poussés, non par la tendresse, mais par la curiosité face à l’inconnu et par les pulsions charnelles propres à notre âge, nous avons fait ensemble l’expérience de la sexualité partagée. Celle-ci ne nous était-elle pas promise par la culture et par la mentalité dominantes comme le sommet de la communion entre deux êtres ? Certes nous l’avons vécue selon les modalités de respect et de délicatesse les plus favorables à cet amour d’amitié qui habitait nos cœurs. Et pourtant, nous y avons assez vite découvert que le mécanisme de la recherche de la jouissance entre deux hommes jouait en définitive contre l’amour d’amitié qui nous unissait. Nous avons pressenti qu’en nous servant l’un de l’autre comme partenaires dans la recherche du plaisir sexuel, chacun risquait, par suite du repli sur soi qu’implique inévitablement la jouissance et du dessèchement du cœur qui s’ensuit, de perdre tôt ou tard l’autre comme ami. De fait, la spirale de la recherche toujours plus poussée de la jouissance s’est révélée générer en nous une frustration affective susceptible d’exaspérer la pulsion sexuelle jusqu’à la violence et le sado-masochisme. Cette prise de conscience nous a réveillés d’un coup et c’est dans la joie d’une libération que nous avons choisi, afin de garder l’amour de l’autre, la voie de l’amitié pour y couler notre tendresse. Libérée de la servitude de la sexualité, celle-ci s’est de nouveau épanouie comme avant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;David et moi, deux hommes amoureux qui ne font cependant pas l’amour au sens habituel du terme, étions-nous gays ? La question s’est posée avec acuité quand il a fallu envisager notre avenir. Allions-nous adopter le modèle du couple homosexuel que proposait déjà alors le milieu gay ? Nous n’y inclinions pas. Depuis le début nous nous sommes aimés en tant qu’amis, appréciant l’autre dans sa différence et dans son autonomie de vie (enracinement géographique et culturel, histoire familiale et professionnelle), dans son passé mais aussi bien dans son présent et dans son avenir. Demander à l’autre d’y renoncer, ce n’était pas à nos yeux l’aimer plus, c’était vouloir fondre nos deux vies en une vie conjugale. Les couples gays que nous croisions ne nous faisaient pas envie. Nous les voyions tantôt se surveiller du coin de l’œil quand ils étaient invités, tantôt devenir le double l’un de l’autre par leur allure, ou jouer inconsciemment à Monsieur et Madame. Tout cela nous semblait assez tristement grotesque. Ceux qui ne voulaient pas dépasser leur désir fusionnel explosaient dans des affres pitoyables. Ceux qui tenaient plus longtemps se résignaient aux trahisons réciproques, quand ils ne draguaient pas de conserve dans les lieux de rencontre gays. Non, nous ne voulions pas voir notre amour devenir une telle caricature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voulais, au nom même de mon amour pour lui, laisser David libre de retourner, à la fin de ses études universitaires, vers son pays, pour y donner sa fécondité humaine dans son milieu et dans sa culture. L’éloignement réciproque comportait certes un arrachement douloureux, mais il nous semblait préférable à la dégradation de notre amour dans une vie de couple artificielle puisque privée de la complémentarité conjugale et de la fécondité familiale. Par amour pour son ami chacun de nous acceptait de renoncer à revendiquer un droit quelconque à le retenir pour lui. La dernière année où nous avons vécu dans le même lieu, nous en parlions souvent ensemble. Chacun voulait que l’autre puisse donner son fruit dans la vie qui était la sienne. Ce renoncement à posséder l’autre était à nos yeux la meilleure garantie d’un amour durable, parce qu’assez fort pour aimer l’ami dans la réalité qui le fait différent de nous. Il nous semblait aussi que c’est en assumant, chacun dans sa vie, notre part de solitude que nous pourrions donner à l’autre le meilleur de nous-même et non pas la banalité d’un quotidien sans fécondité familiale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous a fallu aller jusqu’au bout de cette exigence. Renoncer à posséder l’autre exclusivement, comme un conjoint, implique que l’on soit prêt aussi à accepter qu’il puisse aimer un jour quelqu’un d’autre dans une relation d’amitié semblable. Semblable, mais non identique : si chaque personne est singulière et irremplaçable, chaque amour est unique dans la relation d’amitié originale qui lie deux êtres. Cet acquiescement ne nous apparaissait donc pas comme une résignation à une « infidélité » de l’ami, mais comme un abandon confiant de notre amour entre ses mains. La fidélité que nous voulions nous promettre était la fidélité d’une amitié indéfectible, non celle d’une possession exclusive. C’est ce que nous avons fait. Bien des années ont passé depuis ce choix que nous avons fait à l’aube de notre jeunesse. Nous avons connu depuis lors un amour durable, qui s’approfondit à travers l’épreuve de la distance et même à travers celle de l’amour pour quelques autres amis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sommes-nous gays, nous et nos autres amis qui aiment d’amour comme nous ? Nous avons, certes, le même conditionnement affectif que ceux qui se déclarent gays, et en ce sens nous les reconnaissons comme nos frères. C’est un conditionnement homosexuel, en ce sens qu’il nous incline affectivement en priorité vers une personne du même sexe, mais pas en ce sens qu’il nous vouerait nécessairement à avoir de relations sexuelles avec elle. Nous ne voyons donc pas pourquoi nous aurions « à assumer notre homosexualité » au second sens de ce mot qui implique à nos yeux un choix libre portant sur le sens de la vie et le vrai bonheur à long terme. Il nous faut donc reconnaître qu’en effet nous ne sommes pas gays, n’ayant pas voulu le devenir. En effet, nous n’avons pas fait comme eux le choix d’un amour impliquant la possession affective et sexuelle de l’autre et visant à bâtir avec lui une relation exclusive de type plus ou moins conjugal. Notre chemin exige de renoncer à des rêves et des fantasmes fusionnels que nous avons vu souvent très enracinés aujourd’hui chez ceux qui ont notre conditionnement affectif. Il nécessite donc un acte de courage pour braver l’opinion dominante, laquelle prétend s’imposer à la société comme la seule vraie ; mais il s’est révélé être en définitive, pour nous et pour les amis que nous avons rencontrés sur cette même route, un chemin d’amour heureux, paisible et ouvert à d’autres.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/28718992-114855639670088023?l=leblogdejonathan.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/feeds/114855639670088023/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=28718992&amp;postID=114855639670088023' title='11 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/114855639670088023'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/28718992/posts/default/114855639670088023'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leblogdejonathan.blogspot.com/2006/05/1-choisir-dtre-gay.html' title='1. Choisir d’être gay ?'/><author><name>Jonathan</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14241781897983231652</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>11</thr:total></entry></feed>
